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Éphémère

 Et si je me permettait d'aimer, enfin, délibérément? 

Et si j'embrassais mes ami.e.s, 

leur offrait des câlins qui vont au-delà de la convivialité?


Si je me permettais de leur caresser les cheveux en regardant un film, 

D'écouter leur souffle qui fait un doux mouvement lent?


Si je me permettais de les regarder passionnément, 

En les trouvant magnifiques, en les aimant, profondément? 

Est-ce que cela empêcherait les fendillements de mon coeur de se poursuivre? 


Si je me permettais de voir, de croire, de savoir, qu'aimer n'est qu'une émotion comme les autres, 

temporaire, faite pour briller, seulement un instant?


Si je me permettais de voir l'amour comme une étoile filante, une luciole, 

Une si petite chose qu'on voit passer si vite, si rapidement, 

Tellement vite qu'on est parfois seul.e à l'avoir vue, 

Avec toute cette excitation, 

Digne d'un enfant, 

"Elle est là! Elle est là!"

Et souhaiter, sans y croire trop vraiment, à quelque chose sur lequel on n'a pas vraiment de contrôle, finalement, 

Est-ce que ça panserait toutes les blessures que j'ai eues avec le temps? 


Si je me disais que les personnes de ma vie ne sont que des fragments, 

Des pièces d'un casse-tête sans fin, 

Un amas de morceaux mélangés, 

Aux coins parfois émoussés, 

Au carton délaminé, 

Passé de mains en mains, 

Avec des p'tits bouts parfois perdus, 

Créer une image qui ne sera jamais vraiment finie, 

Un objectif sans fin, 

Où on réalise que non, tu le trouveras jamais, le câliss de morceaux manquant, 

Qu'osti, qui c'est qui a mis les morceaux d'un autre casse-tête dans la boîte de celui-là? 

Que nos casse-têtes ne seront jamais achevés, et qu'on trouvera peut-être jamais l'autre moitié, 

Peut-être que ça ferait moins mal quand j'en perds, un autre, encore, dans le néant? 


Peut-être que si je me permettais d'aimer, sans condition, je cesserais de vouloir me perdre dans la monotonie d'une monogamie permanente non-désirée, 

Peut-être que si j'embrassais toutes les personnes que j'ai envie d'embrasser, 

Sans réfléchir aux injonctions sociale, que dis-je, invectives sociales injustes,

Si j'embrassais ma famille, mes ami.e.s comme si c'était, à chaque fois, le plus grand des amants, 

Peut-être que je ne sentirais plus l'espace de mon coeur comme un trou béant? 


Et si j'acceptais que la beauté de l'amour, 

N'est pas dans le statut,  

Ni dans la permanence, 

Je le contemplerais comme je contemple chaque levé de soleil, 

Chaque parcelle de lumière sur le fleuve, 

Chaque nuage dans le ciel. 

Ces petites choses, 

Qui m'immobilisent dans la rapidité éffrénée du quotidien, 

Ces seuls moments, ou j'aime j'admire, je respire, 

Me permettant d'arrêter le temps, 

De le vivre, 

Plutôt que de lui courir après, 

Encore. 


Je ne me demande jamais si je suis prête à recevoir le son des oiseaux, 

Je ne me demande jamais si je suis rendue, dans ma vie, à me baigner lentement les pieds dans l'eau, 

Je le fait, spontanément. 

Je ne regrette jamais. 

Et je m'en rappelerai, tout le temps.

Je n'essaierai pas de le garder pour moi. 


Et si j'acceptais que l'amour, n'est seulement qu'une émotion? 


Peut-être je cesserai d'avoir le coeur brisé quand je réalise, chaque fois, ce qu'il est, réellement.


Éphémère. 

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